• Kevin Dover-Green

Blue Jays : vers un titre de section?

La fin d’une saison de baseball est souvent synonyme de dépression : l’hiver se pointe le bout du nez et on troque gants et bâtons de baseball pour mitaines chaudes et balais à neige. La période de grands froids, soit les mois de décembre, janvier et février, amène avec elle son lot de neige, givre, brouillard, pluies verglaçantes et tempêtes – c’est la déprime totale. Puis, arrive le mois de mars, qui coïncide avec le début du printemps : les oiseaux chantent, les arbres bourgeonnent et le soleil illumine nos journées. Sauf que le printemps, c’est aussi le retour des coups sûrs, des coups de circuit, des retraits sur prises et de tout ce qui vient avec – les balles volent de partout, finalement. C’est donc dire qu’après une attente qui a parue interminable, le baseball majeur est enfin de retour parmi nous avec, cette fois-ci, un calendrier complet de 162 matchs.


Cela dit, il faut tout de même admettre que la saison morte de la MLB fut fort divertissante. Transactions et signatures d’envergure ; les potins n’ont pas manqué et ils nous ont tenu en haleine tout l’hiver durant. Andrew Benintendi, Trevor Bauer, Nolan Arenado, Eddie Rosario, Francisco Lindor, Yu Darvish, Blake Snell, Josh Bell et Charlie Morton sont parmi les noms ayant changés d’adresse qui retiennent l’attention. Globalement, on pourrait affirmer que les Padres de San Diego et les Dodgers de Los Angeles sont les deux équipes ayant le mieux fait. Le seul bémol est que ces deux équipes évoluent dans la même section, ce qui s’avère être une bonne nouvelle en soi pour les Blue Jays de Toronto.


Les Blue Jays n’ont pas chômé, eux non plus, lors de l’entre-saison. Ils ont notamment ajouté George Springer, Marcus Semien, Kirby Yates, Steven Matz et Tyler Chatwood à leur alignement en vue de la saison 2021. À vrai dire, ce ne sont pas des acquisitions qui leur permettent de rivaliser directement avec les Padres et les Dodgers – et honnêtement, ce devrait être le dernier de leurs soucis. S’ils advenaient à croiser le fer avec l’une de ses deux puissances, ce ne serait pas avant la Série Mondiale. En ce qui les concerne, les Blue Jays devaient s’assurer d’être en position pour compétitionner avec leurs rivaux directs, soit les Yankees de New York et les Rays de Tampa Bay. Si les Yankees devraient terminer au sommet de la section Est de l’Américaine, ce sera vraisemblablement une lutte à deux équipes entre Toronto et Tampa Bay en tant que meilleur deuxième. Néanmoins, il ne serait pas surprenant de voir les Blue Jays gagner leur section et plusieurs considérations permettent d’y croire réalistement.


L’an dernier, dans le contexte d’une saison écourtée, les Rays ont récolté 40 victoires contre 33 et 32 respectivement pour New York et Toronto, se méritant ainsi le titre de champions de section. Cela étant, ils ont subi plusieurs pertes significatives au cours de la saison morte, réduisant leurs chances de répliquer leur succès de 2020. Le principal point d’interrogation réside dans leur rotation de lanceurs partants – dimension qui fut leur force l’an dernier. En 2021, les Rays seront sans Blake Snell, Charlie Morton et Yonny Chirinos (Tommy John). Pour combler à ses pertes, les Rays ont rapatrié Chris Archer et embauché Rich Hill à titre d’agent libre, mais il ne faut pas penser que ces ajustements viendront contrebalancer les lacunes apparentes qu’accuse leur rotation. Archer revient d’une saison manquée en raison d’une opération majeure et Hill est ni plus ni moins âgé de 40 ans.


Pour ce qui est des Yankees, un maintient du statu quo est à prévoir. Ils possèdent l’un des meilleurs aces des majeurs en Gerrit Cole, certes, mais c’est à peu près tout. Les ajouts de Corey Kluber et Jameson Taillon ne garantissent rien pour New York, si ce n’est que des incertitudes relevant d’une rotation fragile. Avec ces deux acquisitions, les Yankees misent essentiellement sur le upside, et non sur la fiabilité. Après tout, Kluber, qui aura 35 ans en avril, a lancé huit fois seulement au cours des deux dernières saisons en raison d’un bras cassé (2019) et d’une déchirure à l'épaule (2020). En ce qui concerne Taillon, il s’agira également, lorsqu’il lancera pour les Yankees en 2021, d’une première présence au monticule en près de deux ans, lui a qui déjà eu recours à deux opérations Tommy John au cours des dernières années. Sur une autre note, les Yankees ont vu James Paxton prendre le chemin de Seattle et ils ont récemment désigné Luis Severino pour la liste des blessés à long terme (minimum 60 jours).


En clair, les Rays régresseront, les Yankees ne seront ni meilleurs, ni moins bons – mais qu’en est-il de Toronto? D’abord, tout comme Tampa Bay et New York, Toronto compte également son lot d’incertitudes au sein de sa rotation de lanceurs partants. Les premiers indices laissent croire que cette rotation prendra la forme suivante : 1) Hyun-Jin Ryu, 2) Robbie Ray, 3) Nate Pearson, 4) Tanner Roark, 5) Steven Matz. Certes, les partisans des Blue Jays ont été amèrement déçus de voir Bauer prendre le chemin de Los Angeles afin de s’aligner avec les Dodgers, alors que des rumeurs l’envoyait à Toronto, mais ils peuvent toujours compter sur un lanceur de premier plan en Ryu. Le upside de Pearson à sa deuxième saison devrait également être une source d’optimisme pour ces derniers en 2021. L’acquisition de Steven Matz, l’ancien des Mets, en tant que 4e ou 5e partant vient en quelque sort renforcer la profondeur de cette rotation, bien qu’il soit reconnu pour être en lanceur inconstant. Finalement, Robbie Ray et Tanner Roark sont des lanceurs d’expérience capables d’offrir de bonnes performances, mais il ne faut pas tenir trop d’attentes à leurs égards.


Les signatures qui passent relativement sous le radar, si on s’en tient toujours au personnel de lanceurs, sont les embauches de Kirby Yates et de Tyler Chatwood. Il y a un an, Yates revenait de l'une des meilleures saisons des dernières années pour un closer, ayant retiré 101 frappeurs et n'accordant que 13 buts sur balles et 8 points mérités en 60 manches et des poussières. Il aurait très certainement pu continuer sur cette même lancée, s'il n'avait pas subi une opération du coude après seulement six apparitions en 2020. Quoi qu’il en soit, les Blue Jays auront une police d’assurance fiable, en situation de 9e manche, lorsqu’ils enverront Yates au monticule avec l’issue de la partie en jeu. Pour ce qui est de Chatwood, il sera une option de transition intéressante dans le bullpen dans un rôle limité de releveur. Certes, ses lacunes résident dans son incapacité à retirer des frappeurs sur prises, mais dans une situation de deux ou trois manches, les Jays pourraient en tirer profit.


Tout compte fait, les Blue Jays ont frappé leur grand coup en s’offrant les services de George Springer et de Marcus Semien. Springer est un joueur d’expérience légitime à l’étiquette de joueur étoile, tandis que Semien permet aux Jays de revoir leur déploiement à l’avant-champ dans une perspective améliorée. Entre 2015, soit sa première saison complète, et 2020, Springer s’est illustré parmi les meilleurs joueurs du circuit, affichant une ligne de frappe de .274 / .363 / .494 (132 OPS +) en plus de posséder de solides aptitudes défensives au champ-centre et au champ-droit, ce qui est un aspect non négligeable considérant que les Blue Jays de 2020 comptaient sur l’une des pires défenses hors champ du baseball. L’ajout de Semien, lui qui a terminé 3e au vote du MVP AL avec 33 coups de circuit en 2019, vient compléter le jeu de la chaise musicale à l’avant-champ : Vladimir Guerrero Jr. passe du 3e au 1er but (avec quelques 40 lbs en moins, tout de même), Cavan Biggio déménage au 3e but et Marcus Semien assurera les responsabilités du 2e but. Bo Bichette, naturellement, demeure à l’arrêt-court. Ce réalignement, auquel s’ajoute la perte de poids considérable de Vlad, en plus de l’insertion de Springer au champ-centre, donnera droit à une meilleure défense globale des Blue Jays en 2021.


Chose sûre, Toronto établira sa marque par sa force de frappe impressionnante. Avec Springer et Semien, la formation est complète – et dangereuse. L’ordre au bâton devrait suivre ainsi : Springer (1), Biggio (2), Bichette (3), Hernández (4), Guerrero Jr. (5), Gurriel Jr. (6), Semien (7). Il s’agit d’une attaque capable de générer beaucoup de flammèches et qui menace d’exploser à tout moment. Bref, les partisans des Blue Jays ont de bonnes raisons d’être optimistes en vue de cette nouvelle saison qui s’entamera officiellement à compter du 1er avril prochain.

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