• Vincent Filteau

Carson Wentz aux Colts : qui gagne au change?


Le supplice de Carson Wentz est terminé.


Il retrouve son ancien coordonnateur offensif, celui de sa presque saison MVP en 2017, Frank Reich, avec les Colts. Indianapolis représentait la meilleure destination possible pour Wentz et, compte tenu de sa relation avec Howie Roseman, quelque chose nous dit que le directeur-général des Eagles voulait envoyer son ancien protégé dans un endroit qui lui serait favorable. Selon les dernières rumeurs, les Bears étaient très agressifs dans le dossier et offraient davantage qu’un choix de deuxième et troisième ronde. Du côté des Eagles, toutefois, échanger Wentz aux Colts les poussera à se croiser les doigts. C’est probablement l’endroit où Wentz a le plus de chances de connaître une résurrection.


Pour les Eagles, cette transaction ne peut les soulager qu’en considérant qu’elle leur permet de réparer leur propre erreur, celle d’avoir accordé une prolongation de contrat à Wentz d’une valeur de 128 M$ sur 4 ans (32M$ par an) jusqu’en 2025. Ils sont libérés financièrement du fardeau de Carson Wentz, mais ils ne pourront jamais oublier le prix qu’ils ont payé pour l’acquérir en 2016 :


-Choix de première ronde 2016

-Choix de troisième ronde 2016

-Choix de quatrième ronde 2016

-Choix de première ronde 2017

-Choix de deuxième ronde en 2018


Tout cela pour l’échanger cinq ans plus tard, et devoir repartir à neuf à la position de quart-arrière, car Jalen Hurts est tout sauf un quart-arrière de franchise. Les Eagles détiennent le 6e choix total et suffisamment de capital de choix dans les rondes subséquentes pour se hisser de quelques rangs afin de mettre la main sur le 2e choix total des Jets. Celui-ci leur permettrait de repêcher la seule valeur sûre du repêchage à la position de quart-arrière après Trevor Lawrence : Zach Wilson. Pour Howie Roseman, cependant, ce serait l’histoire qui se répète d’une certaine manière. Les Eagles possédaient le 6e choix total en 2016 quand ils ont conclu une transaction avec les Browns pour s’emparer du deuxième choix total. Peu importe la décision qu’ils prendront, de poursuivre avec Jalen Hurts ou non, les Eagles doivent apprendre de leurs erreurs et se donner un véritable avenir à la position de quart-arrière.


En l’espace de quelques semaines, les deux premiers choix du repêchage de 2016 se retrouvent avec d’autres organisations, après avoir coûté très cher à leurs équipes d’origine en termes de capital de repêchage, simplement pour les acquérir. Difficile de ne pas voir dans cette démission des Rams et des Eagles la conséquence de l’«effet Mahomes» sur le reste de la NFL. Si la position de quart-arrière est la plus importante dans le monde du sport, c’est d’autant plus le cas depuis que le jeu aérien occupe une place encore plus prépondérante que jamais dans l’évolution offensive du football. Les organisations veulent dénicher leur Mahomes et n’ont plus de patience, une fois que le contrat d'entrée d’un quart-arrière se termine et qu’il ne répond pas aux attentes entretenues à son endroit.


Cette tendance ne s’est pas encore totalement généralisée. À preuve, les Colts et les Lions sont prêts à s’engager dans des projets de rénovation avec Carson Wentz et Jared Goff. Ces organisations sont prêtes à faire le pari qu’on a jeté la serviette trop rapidement avec leurs nouveaux quarts-arrières et qu’il suffit de leur donner l’environnement adéquat pour maximiser leur potentiel inexploité à sa pleine mesure. Cela dit, il est légitime de se demander si les quart-arrières comme Wentz et Goff peuvent éventuellement devenir de véritables quarts-arrière de franchise. Si la situation doit être optimale pour voir surgir le meilleur d’eux-mêmes sur le terrain, sont-ils vraiment ce que recherchent les équipes de la NFL des années 2020 La question est particulièrement pertinente dans le cas de Goff, qui comptait sur l’un des meilleurs noyaux de receveurs et d’ailiers rapprochés de la ligue avec les Rams.


Pour les Colts, maintenant, ils espèrent que leur ligne offensive redoutable permettra à Wentz de retrouver son aise, comme en 2017, alors que les Eagles possédaient ce que plusieurs considéraient comme la meilleure ligne de la NFL. Avec la perte d’Anthony Castonzo, leur bloqueur à gauche fraichement retraité, les Colts se retrouvent maintenant avec un défi de taille : lui trouver un successeur rapidement par le marché des joueurs autonomes – ou amorcer la transition de Quenton Nelson à cette position névralgique. Le temps est peut-être mal choisi pour ce genre de projet ambitieux, alors que Carson Wentz doit retrouver sa confiance personnelle et gagner celle de ses coéquipiers – et des joueurs de lignes devant lui – par le fait même. Il peut compter sur un noyau de receveurs intéressants (TY Hilton, Michael Pittman Jr. et Parris Campbell), mais les Colts doivent encore s’améliorer substantiellement à cette position. Les beaux jours de TY Hilton sont derrière lui et Wentz aura besoin d’un véritable receveur #1 élite pour retrouver sa forme de 2017 – si une telle chose est possible.


Qui sort vainqueur de cette transaction? Probablement les Colts, mais la marge est mince. Ils n’ont pas dépensé une somme astronomique comme les Rams avec Stafford pour obtenir Wentz. Si leur interprétation des insuccès de Wentz à Philadelphie est fondée (la pauvreté du coaching et de ses munitions offensives), les Colts obtiendront de la stabilité à la position de quart-arrière jusqu’en 2025. S’ils se qualifient pour les éliminatoires la saison prochaine, le deuxième choix offert aux Eagles se transforment en choix de première ronde en 2022. Après tout, un choix tardif de première ronde et de troisième ronde pour un solide quart-arrière partant représente un prix fort raisonnable.


Les Eagles, quant à eux, retournent à la case départ. Même s’ils repêchent Zach Wilson, ce dernier se retrouve dans un environnement difficile, dirigé par Nick Sirianni[1], un jeune entraîneur-chef sans expérience. Il ne s’agit pas d’un désaveu envers lui, mais les Eagles ont, encore une fois, choisi de jouer quitte ou double. Ils doivent réussir leur pari cette fois, sinon la tête d’Howie Roseman est la prochaine à tomber.

[1] Curieusement, l’ancien coordonnateur offensif des Colts.