• Vincent Filteau

J.J Watt aux Cardinals : une erreur de jugement?

Quand il est question des super-vedettes, le marché des joueurs autonomes NFL obéit à une loi naturelle à ne jamais oublier : le dark horse est invisible jusqu’à la ligne d’arrivée. Personne ne s’attendait à ce que J.J Watt poursuive sa carrière avec les Cardinals de l’Arizona. Depuis le retranchement consenti de Watt par les Texans, les multiples reports à ce sujet stipulaient que Watt hésitait entre quatre équipes : les Packers, les Browns, les Steelers et les Bills. Hormis pour Pittsburgh, ces trois autres équipes offraient ce que recherchait Watt : une chance réelle de jouer au Super Bowl dans un avenir rapproché, un quart-arrière de franchise, un front défensif déjà bien garni – et un salaire semblable à celui de son contrat avec les Texans.


Au fond, Watt aura choisi l’argent et la chaleur de l’Arizona. Avec le contrat de Watt, les Cardinals disposeront approximativement de 2.5 M$ de marge salariale en 2021 et ils sont encore loin d’une aspiration sérieuse au Super Bowl. À ce titre, Watt s’ajoute à une formation sortant de la dernière saison avec une fiche de .500 ; située au 19e rang offensivement et 26e rang défensivement dans la NFL selon les barèmes de PFF. Que les Cardinals le veulent ou non, J.J Watt n’est plus le game changer de jadis. Le récipiendaire de trois titres du joueur défensif de l’année appartient déjà à la memorabilia des années 2010 et il tire profit de sa réputation avec ce dernier contrat d'envergure. Les Cardinals ont choisi de récompenser le J.J Watt des cartes Topps de 2014 et non celui du présent, qui arrive à Scottsdale avec des antécédents de blessure à faire frissonner d’effroi un embaumeur d’expérience.



Depuis 2016, J.J Watt n’a disputé que deux saisons complètes, ratant 31 rencontres au cours de cette période. Les Cardinals viennent d’offrir 23M$ (montant garanti dans le contrat) sur un plateau d’argent à un joueur ayant raté l’équivalent de deux saisons complètes au cours des quatre dernières saisons. De plus, il n’a cumulé que deux sacks au cours des deux dernières saisons et son nombre de QB Hits est en constante régression depuis 2018. Par chance, les Cardinals pourront profiter du contrat d’entrée de Kyler Murray pendant la durée du contrat de J.J Watt et limiter autant que possible les dégâts de ce contrat. Le prix à payer, toutefois, est considérable : ils ne pourront s’améliorer à une position sans s’affaiblir ailleurs.


Steve Keim, le directeur-général des Cards, semble avoir oublié que la gestion d’une masse salariale est un processus obéissant à des lois strictes. Elle permet de se repérer dans le temps (d’ici combien de saison pourrons-nous aspirer à un championnat ?) et de mesurer l’état des forces d’une équipe de football. Quand une équipe est contrainte de respecter étroitement la limite du plafond salarial, comme le feront les Cardinals en 2021, cela signifie, en théorie, qu’elle est près du but. Il doit y avoir une adéquation entre le niveau de talent d’une équipe et l'état de sa masse salariale. Une équipe capable de remporter un Super Bowl n’est pas dénuée de lacunes, elles sont toutefois surmontables.


C’est loin d’être le cas en Arizona. Ils sont encore faibles à la ligne offensive(malgré la présence du left tackle élite DJ Humphries) et leur défensive est parsemée de lacunes, tant chez linebackers intérieurs que du côté droit de la ligne défensive. La présence de J.J Watt changera peu de choses au fait que les Cardinals seront encore atroces contre le jeu au sol en 2o21. Certes, Chandler Jones et lui formeront un duo capable d’empêcher Russell Wilson ou Matthew Stafford de dormir, mais ils ne feront pas des Cards une défensive équilibrée. Cela dit, les Cardinals pourront-ils compter sur Watt pendant 17 rencontres, ne serait-ce qu'une douzaine? Rien n’est moins sûr. Alors, pourquoi avoir jeter tant d’argent sur la table pour J.J Watt, sinon par pur impatience, dans l’espoir d’être craints par leurs rivaux de division? Quelqu’un devrait rappeler à Steve Keim qu’il ne vient pas d’acquérir l’équivalent d’Aaron Donald.


Où en sont les Cardinals, justement, dans l’évaluation de leur défensive? Seraient-ils tombés dans le piège dont sont victimes tant de front offices, en surestimant la plupart de leurs joueurs? Prêtent-ils trop l’oreille aux geeks de la Ivy League (ils ont envahi le football, aussi)? Ces derniers croient pouvoir développer des joueurs d'utilité, un peu comme au baseball, et de combler des lacunes importantes avec un seul joueur. Par exemple, ils perçoivent Isaiah Simmons comme le prototype idéal du joueur défensif de l’avenir de la NFL, c’est-à-dire un composite hybride entre un Safety et un Linebacker. Du point de vue de Steve Keim, il est difficile d’interpréter la signature de J.J Watt autrement qu’à la manière d’un acte de foi envers sa défensive. Un vétéran comme Watt représente généralement la pièce manquante pour une équipe souhaitant donner le grand coup pour remporter un championnat. Il est difficile, voire impossible de sauter à cette conclusion ici.



Les 15 M$ qu’empochera J.J Watt la saison prochaine aurait pu servir à équilibrer la défensive des Cardinals, particulièrement à la position de linebacker intérieur, là où ils sont le plus chancelants. De plus, il est fort possible que Steve Keim doive trouver un autre ailier rapproché puisque Dan Arnold se retrouvera vraisemblablement avec une autre équipe. L’ajout de Hunter Henry, par exemple, aurait fait des Cards une attaque beaucoup plus intimidante que l’an dernier. De plus, elle aurait offert un appui de qualité dans les blocs pour le jeu au sol. Parlant de jeu au sol, rappelons que les Cardinals n’auront pas les moyens de rapatrier Kenyan Drake. Ils devront se trouver un porteur de ballon #1 par la voie du repêchage en avril. Les Cards n’auront pas d’autre choix que de frapper un coup de circuit puisque leur profondeur est atroce à cette position.


La pauvreté du jeu au sol mettra davantage de pression sur le bras de Kyler Murray. En fin de saison l’an dernier, nous avons été témoins des problèmes de précision de Murray. Cette fatigue fut probablement le résultat d’une utilisation importante de la passe. Avec ses 588 tentatives en 2020, Murray se situe au 7e rang de la NFL pour le plus grand nombre de tentatives de passes. Sans jeu au sol de qualité, ce nombre risque de monter en flèche, celui de ses interceptions aussi. Les Cardinals ne peuvent tout simplement pas se permettre ce genre de bévues.


La signature de J.J Watt complique davantage les choses qu’elle ne les améliore. Il s’agit de la conséquence naturelle d'une décision peu réfléchie. Du côté de Watt, il ne gagnera probablement jamais de Super Bowl et les Cardinals devront remettre le leur aux calendes grecques pour une énième fois : tout le monde y perd au change.

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