• Vincent Filteau

L'expérience Cam Newton : un échec signé Bill Belichick

Les Patriots sont éliminés des éliminatoires pour la première fois depuis 2008, alors qu’ils avaient perdu Tom Brady pour la saison, suite à une déchirure du ligament croisé-antérieur subie dans la première séquence du match d’ouverture face aux Chiefs de Kansas City. Douze ans plus tard, Tom Brady n’est plus un Patriot, il dirige les Buccaneers de Tampa Bay vers leur première participation depuis 2008, et les Chiefs sont la meilleure équipe de la NFL. Le monde a changé : les Patriots sont à la recherche d’un quart-arrière de franchise et ils sont à des années-lumière des champions en titre de leur division, les Bills de Buffalo, qui leur ont infligé l’une des pires humiliations de l’ère Belichick lundi soir à Foxborough. En rencontre de pré-production, Bill Belichick confiait à Brian Griese et Louis Riddick (un de ses anciens protégés à Cleveland) d'ESPN qu'il ne partageait pas l'engouement autour de Josh Allen. Cette défaite diffusée à l'échelle nationale des États-Unis fera peut-être de lui un sceptique confondu - ou lui fera-t-elle comprendre que toutes les équipes de l'AFC East sont en meilleure posture que les Patriots avec leurs quarts-arrière.



Au mois de septembre, les Pats croyaient pouvoir défendre leur honneur avec un jeu au sol musclé et la mobilité de Cam Newton, acquis comme un prix de consolation au cœur de l’été, à un prix dérisoire pour un partant de la NFL. Par le fait même, ils acceptaient de sacrifier le développement - et l'évaluation - de Jarrett Stidham dans le but de concurrencer férocement pour une place en éliminatoires.Il y avait certainement une logique conséquente derrière ce choix de Belichick : profiter des dernières années de carrière des vétérans comme Devin McCourty et Matthew Slater (et du contrat de Stephone Gilmore), dans l’espoir de tracer leur chemin vers les éliminatoires. Avec un jeu au sol plus sophistiqué (Go! Go! Offense) et la possibilité d’utiliser les RPO (option de course ou de passe) avec régularité, grâce à la mobilité de Cam Newton, Bill Belichick et Josh McDaniels croyaient pouvoir surmonter leurs nombreuses lacunes à la position de receveur et d’ailier rapproché – et surtout, écouler du temps au cadran. Cette stratégie ne pouvait fonctionner que si les Patriots possédaient une avance sur l’adversaire. Aussitôt que les Pats devraient composer avec un déficit de plus d’une possession, le jeu aérien redeviendrait un passage obligé vers la victoire. Belichick et McDaniels étaient bien au fait de leurs faiblesses et du caractère limité de leurs options à l’attaque.


À ce titre, la saison 2020 n’a été qu’une simple continuité de la saison précédente, avec un quart-arrière inférieur et un groupe de receveurs appauvri. Depuis la semaine 15, les Patriots sont mathématiquement éliminés et toutes les équipes de leurs rivaux de divisions avancent dans leur processus de reconstruction, alors que les Patriots avancent dans l’inconnu et les derniers moments de la glorieuse carrière de Bill Belichick. L’expérience ratée de Cam Newton avec les Patriots n’aura fait que retarder l’échéance de leur propre reconstruction, alors que la cuvée 2021 du repêchage est l’une des plus intéressantes en matière de quarts-arrière depuis celle de 2004, peut-être même la meilleure depuis 1983. Or, leur rang de repêchage (le 14e) les laissera avec le dernier des quatre quarts-arrière pressenties pour être repêchés en première ronde : Mac Jones du Crimson Tide d’Alabama.

Cette tournure des événements était toutefois prévisible. Dans le monde de l’analyse sportive qui résiste au sensationnalisme de Good Morning Football, de Undisputed ou de First Take, personne ne s’attendait à ce que le Cam Newton libéré par les Panthers (celui qui a toujours été un mauvais passeur à la technique douteuse) retrouve sa forme de 2015, encore moins à ce qu’il fasse mieux que Tom Brady avec un noyau de receveurs encore plus affaibli qu’en 2019. Cette élimination prématurée, les misères de Cam Newton, l’inconstance de la défensive, tous ces problèmes se dressaient à l’horizon pour les Patriots, avant même le coup d’envoi de la saison. L’an dernier, les Pats représentaient déjà l’équipe la plus âgée de la NFL (moyenne d’âge : 29.5 ans). Cette statistique annonçait une reconstruction nécessaire pour l’organisation, que Tom Brady termine sa carrière en Nouvelle-Angleterre ou non. Les choses ont simplement empiré entre-temps. Le bassin de joueurs d’avenir est faible, les Patriots ne sont plus un attrait pour les agents-libres, ils sont en voie de devenir la pire équipe de leur division, et Bill Belichick prend de l’âge.

Pour dire les choses simplement, les Patriots sont dans le pétrin. Ils doivent combler leurs lacunes les plus importantes par les voies du repêchage (QB, WR, TE, MLB) et la possibilité de faire cela par le truchement d’un seul repêchage est impossible. De plus, seul Trevor Lawrence vaut qu’une équipe sacrifie une part de son avenir pour lui. De toute manière, les Jaguars ne renonceront jamais au premier choix total, qui leur permettra de s’emparer du meilleur produit brut du football collégial au poste de QB depuis John Elway. De plus, les Jets n’échangeront jamais le deuxième choix total à leurs plus grands rivaux, ni leur quart-arrière actuel Sam Darnold. Pour obtenir un jeune quart-arrière prometteur, les Pats devront se montrer plus créatifs (transiger pour Jimmy Garoppolo ou Matthew Stafford) ou tout simplement attendre leur tour.

Les seize dernières semaines nous auront appris que Cam Newton n’est plus un passeur digne de la NFL, que sa technique à ce chapitre fait atrocement défaut, et que l’avenir des Patriots à la position de quart-arrière est plus incertain que jamais. Après la défaite de lundi soir contre les Bills, les Pats se retrouvent avec le 14e choix total du repêchage de 2021. Un tel positionnement les empêche de sélectionner l’une des deux valeurs sûres de la cuvée chez les quarts-arrières (Trevor Lawrence et Zach Wilson), à moins que Belichick décide de se hisser dans le top-5. Toutefois, une telle opération priverait les Patriots de choix de repêchage dans la deuxième ronde – et possiblement de leur choix de première ronde en 2022. Une telle avenue est peu recommandée, alors que l’équipe vieillissante des Pats a besoin d’une cure de jeunesse et d’une injection de talent à presque toutes les positions du Gridiron.

Les Patriots n’amorceront pas leur reconstruction avec la pierre d’assise nécessaire : un quart-arrière de franchise. Ils seront obligés de passer par un autre chemin : repêcher les meilleurs joueurs disponibles et forcer la mise avec un autre quart-arrière de transition, à moins que Bill Belichick décide de prolonger l’expérience Cam Newton en 2021. Peut-être ne partage-t-il pas la même évaluation que la majorité concernant les déboires de son quart-arrière. Peut-être Belichick juge-t-il que le manque de munitions à la disposition de Newton a causé sa chute et qu’un meilleur noyau de receveurs pourrait ressusciter sa carrière. Cela dit, personne n’accorde davantage aux fondamentaux du football et à la technique propre à chaque position que Bill Belichick lui-même. Comme nous tous, il a pu observer que les difficultés de Newton résident dans les aspects les plus rudimentaires de sa position (distribuer le ballon par les airs) – et dans son incapacité à jouer du football de situation.


Malgré l’échec lamentable de l’expérience Cam Newton, elle ne se terminera pas avec l’humiliation en règle face aux Bills. Dans son entrevue hebdomadaire à l’émission Ordway, Merloni & Fauria de la station WEEI, Bill Belichick a réitéré son intention de confier le poste de partant à Cam Newton pour le dernier match de la saison. Les Patriots affronteront l’une des pires formations de la NFL, les Jets de New York, et Belichick s’entête à offrir une réponse définitive concernant le statut du jeune quart-arrière Jarrett Stidham. À ce stade-ci de la saison, alors que ce match n’a aucune signification pour les Pats, pourquoi refuser de donner toutes les répétitions de partant à Stidham durant les séances d’entraînement cette semaine? Chaque fois que Stidham a été appelé en renfort cette année, ce fut dans des situations désespérées (ou dans le massacre contre les Chargers), sans jamais bénéficier d’une préparation optimale au cours de la semaine. Ce refus catégorique d’opérer un changement au poste de quart-arrière, au final, aura privé Belichick d’un temps d’évaluation précieux pour connaître la valeur réelle de Stidham en situation de match.


Cela dit, comment Bill Belichick peut-il justifier son refus de confier le dernier match de la saison – et une semaine complète de préparation – à Jarrett Stidham, ne serait-que pour savoir si ce dernier mériterait d’être considéré pour le poste de réserviste en 2021? Après la performance atroce de Newton contre les Bills (5/10, 34 verges), il n’existe plus d’argument valable pour empêcher Jarrett Stidham d’être désigné comme le partant des Patriots contre les Jets. S’il s’avère évident que Stidham ne sera jamais le quart-arrière de franchise de l’équipe, il ne faut jamais sous-estimer l’importance de pouvoir compter sur un réserviste du calibre de la NFL. Stidham possède un bon bras, la «spirale» de ses passes est superbe et il est capable d’envoyer le ballon dans des espaces étroits. Il y a un potentiel à développer chez-lui et les Patriots se sont privés d’une saison pour connaître sa véritable valeur, pour une expérience perdue d’avance, pour adoucir la chute causée par le départ de Tom Brady.


Cam Newton s’est mérité la tâche la plus ingrate qui soit, c’est-à-dire repousser l’inévitable pour Bill Belichick, retarder la collision avec le mur de la réalité : la dynastie est morte et les Patriots devront passer par un long purgatoire pour se redresser. Et si Cam Newton revient avec l'équipe la saison prochaine (une possibilité qui ne doit pas être écartée), nous assisterons probablement à une répétition encore plus pénible de la saison 2020. Belichick ne fera pas entorse à ses principes pour que Newton paraisse mieux en tant que passeur – il ne rebâtira pas l’attaque des Patriots par le marché des joueurs autonomes, même s’il susurrait à l’oreille d’Hunter Henry il y a quelques semaines.


Si Newton revient avec les Patriots la saison prochaine, c’est parce qu’il acceptera, en pleine connaissance de cause, de jouer le rôle du bouc émissaire – ou de bouclier – pour Bill Belichick. Il s’agit d’un pensez-y bien pour les deux parties, surtout dans le cas des Patriots, qui feraient encore le mauvais choix, celui de retarder l’inéluctable : le passage à vide, la sécheresse, le purgatoire de la reconstruction. On peut comprendre les Kraft d’être effrayés à l’idée de s’engager pleinement dans un tel processus. Les exemples offerts par les reconstructions de leurs rivaux de division sont assez rebutants : les Jets cherchent l’héritier de Joe Namath depuis presque 50 ans, les Dolphins n’ont toujours pas trouvé leur quart-arrière de franchise, 20 après la retraite de Dan Marino, et les Bills ont pris un quart de siècle avant de retrouver le chemin du succès.


Les Patriots doivent retrouver leur crédibilité et cela passe par un quart-arrière de franchise. Et ce n’est pas en répétant la stratégie de la saison 2020 (compenser le manque de talent par le coaching et la préparation) qu’ils se positionneront pour trouver l’héritier de Tom Brady au repêchage. Tôt au tard, ils devront sauter dans le vide, travailler savamment et tout mettre en œuvre pour mettre la main sur leur prochain quart-arrière de franchise. Personne ne s’attend à ce que les Patriots redeviennent une dynastie d’ici les prochaines années, ou qu’ils répètent les exploits des 20 dernières années, mais les équipes sportives en Nouvelle-Angleterre obéissent à des standards différents, ceux établis par Bill Belichick, Tom Brady et Robert Kraft eux-mêmes. Le jeu de Cam Newton, tout comme celui de l'édition actuelle des Patriots, ne sont pas dignes de la Patriot Way.



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