• Vincent Filteau

La transaction d'Andrew Benintendi : où vont les Red Sox - et le baseball ?

Il est difficile de croire que la saison historique des Red Sox de 2018 s’apparente déjà un lointain souvenir. Pourtant, il suffit de regarder leurs trois voltigeurs partants en 2021 pour le réaliser : Franchy Cordero (LF) – Alex Verdugo (CF) – Hunter Renfroe (RF). Trois ans plus tôt, les Red Sox possédaient ce que plusieurs considéraient comme le meilleur trio de voltigeurs des majeurs – particulièrement Mookie Betts et Andrew Benintendi, les joueurs les plus complets de leur alignement. Bien des choses se sont produites entre-temps. Mookie Betts est parti remporter une Série Mondiale avec les Dodgers, Andrew Benintendi n’a cessé de régresser au bâton et le voilà maintenant échangé aux Royals de Kansas City. Les Red Sox croupissent dans les bas-fonds du classement et ce n'est pas près de changer.


Cette transaction, en quelque sorte annoncée depuis des mois, vient clore un cycle de développement des Red Sox. Elle aurait pu constituer la partance d’un renouveau, si Chaim Bloom avait obtenu des espoirs de qualité en retour du meilleur prospect de la MLB en 2017 selon Baseball America. Au point où en sont les Red Sox, c’est-à-dire au cœur d’un long processus de reconstruction du système de filiale décimé par les transactions de Dave Dombrovski, la décision d’échanger Andrew Benintendi s’imposait presque, à condition de ne pas bâcler la transaction.


Chaim Bloom a plutôt choisi de précipiter le départ de Benintendi à un moment où sa valeur était la plus basse sur le marché. Le timing était mauvais et Bloom a consciemment passé à l’action. Ce qui porte à croire que la transaction de Benintendi représentait pour lui un objectif à réaliser avant le début du camp d’entraînement. Au cours des derniers mois, les Marlins avaient démontré beaucoup d’intérêt envers le voltigeur de gauche, une transaction semblait imminente, pour finalement disparaître dans les limbes des réalités parallèles du baseball.


Si Bloom avait pu subtiliser un des lanceurs dans la deuxième partie du top-10 de la banque d’espoirs des Marlins, Braxton Garrett (#7) et Trevor Rodgers (#9), la transaction de Benintendi n’aurait pas suscité un tel mécontentement. Elle aurait été perçue comme un mal nécessaire afin d’offrir de jeunes lanceurs aux Red Sox, eux qui n’ont pas développé de partant depuis Clay Buchholz – à moins que Tanner Houck poursuive sa lancée de la saison dernière. Cela dit, ce n’est qu’un lanceur et les Red Sox présenteront l’une des pires rotations des majeurs en 2021. Le retour de Chris Sale en milieu de saison ne changera rien à cette situation désolante. Il se remet de l’opération Tommy-John et ne pourra aider l’équipe à la pleine mesure de ses capacités.


Le plus triste avec la transaction d’Andrew Benintendi, c’est qu’elle ne rapatrie aucun lanceur capable d’intégrer la rotation des Red Sox dès maintenant, ne serait-ce qu’un troisième ou quatrième partant. Chaim Bloom a bel et bien obtenu un lanceur, un certain Josh Winckowski qui n’a pas lancé dans les rangs professionnels depuis 2019, dans le A «fort» avec les Blue Jays de Dunedin. Il a 22 ans et sa percée dans le baseball majeur semble improbable à ce stade-ci de sa carrière. Pour ce qui est de Franchy Cordero, celui qui patrouillera vraisemblablement le champ gauche du Fenway Park en 2021, il s’agit d’un joueur unidimensionnel, un mauvais voltigeur en défensive, qui pourrait injecter un peu de puissance dans l’alignement des Red Sox.


Un dépisteur anonyme de la Nationale compare le potentiel offensif de Cordero à celui de Joey Gallo des Rangers. Si l’on prend les deux saisons les plus productives dans carrière de Gallo (2017 : 41 HR, 80 RBI, 94 H) et (2018 : 40HR, 92 RBI, 103 H), elles s’accompagnent respectivement d’une moyenne de .209 (196 SO) et de .206 (207 SO). Il y a une quinzaine d’années, les statistiques d’Adam Dunn (très semblables à celle de Gallo) provoquait l’hilarité générale des dépisteurs et des amateurs qui voyaient en lui l’antithèse du joueur de baseball complet. En 2021, il serait le modèle de joueur recherché par les geeks de l’Ivy League qui ont pris d’assaut les bureaux des équipes de la MLB.


Ceci nous incite à se questionner sur les raisons derrière la transaction d’Andrew Benintendi et celles de son déclin continuel depuis deux ans. Comment l’un des grands contributeurs de la saison 2018 des Red Sox est-il devenu un renégat affichant une moyenne de .103 en 2020? Pourquoi Chaim Bloom a-t-il jeté la serviette si rapidement avec lui? La réponse mérite de nous inquiéter gravement sur l’avenir du baseball : parce qu’Andrew Benintendi ne correspond plus au type de joueurs que recherchent les nouveaux dépisteurs et les diplômés de Yale.


Andrew Benintendi est un frappeur de flèches au champ opposé, un voltigeur défensif du plus haut niveau – ses instincts de baseball sont beaucoup plus élevés que la moyenne des joueurs des majeurs. Or, ceci ne correspond plus au modèle prescrit dans les années 2020, bien que Theo Epstein ait été embauché par le baseball majeur pour démanteler le système qu’il a lui-même créé : lanceur de puissance, frappeur de puissance, coups de circuit, but sur balle, retraits sur trois prises, statistiques ultra-avancées et Ipads dans le dugout pour dicter la marche à suivre quand vient le temps de remplacer un lanceur ou un joueur sur le terrain.


En 2019, les Red Sox ont forcé Benintendi à prendre de la masse musculaire et, surtout, à modifier son élan au bâton afin d’en faire un frappeur de puissance, ce qu’il ne sera jamais. Ils ont semé un doute destructeur dans son esprit et Benintendi n’a plus jamais été le même homme. Chaque présence au bâton lui semblait une corvée, on le voyait penser dans la boîte – son esprit était surchargé par les directives que lui donnait le personnel d’entraîneurs soumis aux impératifs du front office. On rétorquera que Chaim Bloom n’y est pour rien, qu’il est arrivé en 2020 ; Bloom n’est que le produit de ce que devient malheureusement le baseball, un simple symptôme parmi tant d’autres.


Les joueurs d’instincts et les techniciens de la défensive Pedroia et Roberto Alomar ne sont plus les bienvenus. Qui aurait cru que des joueurs emblématiques du grit jadis nécessaire pour jouer dans les majeurs deviendraient l’anathème de ce sport? Si la saison de 2018 des Red Sox semble déjà un lointain souvenir, le baseball de Greg Maddux et de Tony Gwynn semble appartenir à un autre monde, un monde qui ne communiquera plus jamais avec le nôtre, à moins que la MLB ne change les règles du jeu.

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