• Vincent Filteau

La transaction de Julio Jones était inévitable

Après des semaines de suspense, le manège médiatique de Julio Jones a pris fin. Tout le monde s’est mis de la partie – y compris les parieurs de Las Vegas – afin de prédire où aboutirait le receveur qui domine les rangs de la NFL depuis son arrivée en 2011. Le jeu des probabilités désignait les Titans du Tennessee et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre comme les destinations les plus crédibles pour Jones. Ce sont finalement les Titans qui sortent vainqueurs de la course, avec une compensation raisonnable : un choix de 2e tour en 2022 et de 4e tour en 2023. Comme toujours lorsqu’ils se font couper l’herbe sous le pied, les Patriots ont laissé fuiter dans les médias que les rumeurs concernant leur intérêt envers Julio Jones étaient disproportionnées. C’est un pur mensonge. Cela dit, les Patriots ne sont pas les seuls à s'être retirés du derby Julio Jones. Les Seahawks et les Ravens ont fait la même chose, sans toutefois jouer la carte du nous n'étions pas véritablement intéressés.


Après la transaction, une question demeure : pourquoi les Falcons, après avoir repêché Kyle Pitts, souhaitaient-ils se départir de Julio Jones? En apparences, leur attaque est la seule capable de rivaliser avec celle des Buccaneers dans la section sud de la NFC. Ils ont décidé de poursuivre l’ère Matt Ryan (pour des raisons financières) et un noyau de munitions composé de Julio Jones, Calvin Ridley, Kyle Pitts et Hayden Hurst aurait donné du fil à retordre à bien des défensives. Les dépenses irresponsables de l’ancienne administration auront toutefois forcé les Falcons à se départir du meilleur joueur de l’histoire de leur concession. N’eut-été de la gymnastique salariale associée au contrat de Matt Ryan, les Falcons auraient pu garder Julio Jones et repartir à neuf avec Justin Fields, par exemple, mais ce n’était pas le mandat que se sont donné Terry Fontenot et Arthur Smith à leur entrée en fonction. De plus, le cœur de Julio Jones n’était plus à Atlanta depuis un certain moment, selon ce que rapporte Jeff Schultz de The Athletic. Jones ne serait pas présenté dans les locaux de l’organisation depuis l’arrivée du tandem Fontenot-Smith, en plus de réclamer une transaction dès le mois de mars.


Les problèmes de masse salariale des Falcons ont certainement faciliter leur décision d’acquiescer à la demande de Jones, puisqu’ils devaient impérativement se départir d’un morceau important de leur effectif pour se soumettre aux contraintes du plafond. Suite la scène grotesque de Shannon Sharpe sur les ondes de Undisputed sur FS1, la transaction est devenue subitement inévitable. D’autant plus que les Falcons, en vertu d’une clause de la nouvelle convention collective, pouvait réduire le montant dead money associé au contrat de Jones en le retranchant – ou l’échangeant – après le 1er juin.


Avec l’émergence de Calvin Ridley, les Falcons ne se retrouvent pas sur la paille. Tout indique que ce dernier est prêt à assumer le rôle du receveur #1 de l’équipe. En l’absence de Julio Jones la saison dernière, Ridley a cumulé 90 attrapés (30% des passes de Matt Ryan), 1375 verges, 9 touchés et un pourcentage d’attrapés de 65. 7% (bon pour le 14e rang de la NFL pour les receveurs). Depuis sa saison recrue, sa progression ne fait que prouver qu’il sera le successeur de Julio Jones. Toutefois, cela ne signifie pas que les Falcons doivent s’attendre à obtenir le même type de game changer chez Calvin Ridley. Personne, hormis Julio Jones – ou Randy Moss – aurait pu réaliser l’attrapé du Super Bowl LI sur les lignes de côtés contre Eric Rowe.


Tant que Matt Ryan pourra performer comme un partant top-15, les Falcons devraient s’en tirer pas trop mal, particulièrement avec l’ajout de Kyle Pitts au dernier repêchage. Cela dit, ils sont à une blessure près de se retrouver en sérieuse difficulté si Calvin Ridley se blesse au courant de la saison. Il est présentement tenu à l’écart du mini-camp après avoir subi une opération au pied. Il s’agit d’une chirurgie mineure, selon Ian Rapoport de NFL Network, et Ridley devrait participer au camp d’entraînements dans les délais normaux. Si les Falcons ont bien préparé l’après-Julio Jones en repêchant Ridley il y a trois ans, difficile de les féliciter pour leur profondeur à la position de receveur de passes. Calvin Ridley doit répondre aux attentes, maintenir sa progression et rester en santé, autrement la fin de l’ère Matt Ryan risque d’être particulièrement pénible pour les principaux intéressés.


Pour les Titans, l’arrivée de Julio Jones leur permet d’espérer une revanche contre les Chiefs en finale de l’AFC. Jon Robinson et Mike Vrabel savent très bien que Ryan Tannehill n’est pas un véritable quart-arrière de franchise et qu’il doit bénéficier d’un environnement offensif optimal pour donner le meilleur de lui-même. À ce titre, la perte de Jonnu Smith (une cible très appréciée par Tannehill) pourrait se faire sentir malgré l’ajout de Julio Jones. Ryan Tannehill est un quart-arrière reconnu pour sa distribution efficace du ballon dans le périmètre rapproché de la pochette. Julio Jones peut certainement patrouiller davantage le corridor central (la slot), mais cette situation n’est pas idéale pour un receveur de 31 ans qui revient d’une blessure lancinante au bras. Les Titans comptent énormément sur Julio Jones pour dynamiser leur jeu aérien. Tout comme Calvin Ridley avec les Falcons, il doit demeurer en santé pour assumer pleinement cette responsabilité.


C’est probablement l’argument justifiant le faible nombre de prétendants pour obtenir Julio Jones, surtout quand on tient compte de la compensation finalement exigée par les Falcons. Il est surprenant qu’une équipe comme les Ravens n’ait pas profité d’une telle opportunité. La concurrence contre les Chiefs est relativement faible dans l’AFC, si on excepte les Bills et les Titans, et l’inaction des Ravens dans le dossier Julio Jones pourrait les faire stagner. Au sein de leur division, les Browns et les Bengals sont en pleine ascension – et les Steelers ne sont pas encore prêts à céder leur place non plus. L’acquisition de Julio Jones, en principes, leur aurait permis d’être considérés comme des candidats sérieux au titre de division dans le nord de l’AFC.


Il n’y a toutefois pas de certitudes avec Julio Jones. Les lois physiques – tout comme l’Histoire – sont contre lui : son déclin est aux portes. Pour cette raison précise, la décision de ne pas alourdir une masse de salariale de 15M$ par saison jusqu’en 2024 pourrait s’avérer bien sage.


Posts récents

Voir tout