• Vincent Filteau

Les liaisons de Bill Belichick : Giants, Dolphins ou Washington?

Malgré le départ de Tom Brady vers Tampa Bay, son spectre hante toujours la Nouvelle-Angleterre, tout comme l’article de Seth Wickersham publié en novembre 2017. Souvenons-nous : alors que les Patriots tentaient de conquérir un deuxième championnat consécutif, une tuile tombait sur l’empire. Le journaliste d’ESPN Seth Wickersham affirmait, sources internes anonymes du Gillette Stadium à l’appui, que des tensions sévères entre Bill Belichick et Tom Brady menaçaient de conduire la dynastie des Patriots au péril. Les deux hommes ne se parlaient pratiquement plus depuis la décision de Belichick de révoquer l’accès de l’entraîneur personnel de Brady, Alex Guerrero, au vestiaire, à l’avion et aux lignes de terrain des Patriots. La raison : l’influence grandissante de Guerrero et de la TB12 Method sur les joueurs des Patriots. Plusieurs d’entre eux, dont Rob Gronkowski, délaissaient les méthodes d’entraînement préconisées par l’équipe médicale de l’organisation, pour se tourner vers les préceptes plus doux de Guerrero. Pour Brady, cette méthode «innovante» est la raison pour laquelle il joue encore au football, en plus d’être son entreprise qui représentera sa source de revenus principale une fois à la retraite.


L’organisation des Patriots (particulièrement les Krafts) a fortement démenti les allégations de l’article de Wickersham. Ils nous ont servi le laïus habituel des grandes entreprises : «Nous croyons qu’il existe de bonnes tensions – et de saines – au sein des organisations qui connaissent du succès de manière prolongée comme la nôtre. Bill Belichick, Tom Brady et nous souhaitons la même chose : gagner. Tout va bien.» Pendant ce temps, nous rappelait Seth Wickersham cette semaine au podcast de Harrison Vapnek, Bill Belichick entretenait des pourparlers officieux avec trois autres organisations de la NFL : les Giants de New York (l’équipe qu’il a toujours rêvé de diriger), les Dolphins de Miami et les anciens Redskins de Washington. Traduction : Bill Belichick pressentait que Robert Kraft se rangerait du côté de celui qu’il désignait ouvertement comme son «cinquième fils», Tom Brady. Curieusement, cette rumeur n’est pas récente. Elle est un peu passée sous le radar en 2018 quand Seth Wickersham (et Doug Kyed de NESN) l’avait rapportée. Quand on y pense, n’est-il pas étrange qu’une telle rumeur n’ait pas provoqué un véritable séisme médiatique à l’époque? Bill Belichick qui prépare secrètement sa sortie de Foxborough pour un deux rivaux jurés des Patriots, les Giants et les Dolphins. Comment interpréter ce silence, autrement que par la mainmise de Robert Kraft sur les médias bostonnais – et sur le réseau CBS?


En 2021, cette rumeur perd certainement son potentiel vitriolique puisque, par la force des choses, Tom Brady n’est plus membre des Patriots. Bill Belichick a remporté la guerre intestine. On parle souvent de l’immense talent de médiateur – et de négociateur – de Robert Kraft, du fait que cette faculté fut l’ingrédient secret de la réussite inégalée des Patriots pendant 20 ans. Il n’est pas difficile de s’imaginer Bill Belichick s’entretenir avec Kraft : «Robert, tu dois faire un choix : c’est Tom ou moi. Il a trop de pouvoir au sein de l’équipe. Je ne peux laisser cela passer sans compromettre ma propre autorité. Je suis l’entraîneur-chef et le GM, bordel!» Kraft a beau dire que les Patriots ont offert à Brady «l’opportunité de quitter l’organisation selon ses termes», nous savons tous qu’il a choisi son camp. Il a pris une décision abrahamique en sacrifiant son «cinquième fils» pour conserver Bill Belichick. Ce fut la ligature de Tom Brady, mais il n’est pas mort. Brady a plutôt ressuscité sous le soleil de la Floride occidentale, remportant son septième Super Bowl, tout en connaissant une saison phénoménale : 40 passes de touchés, un Quarterback Rating de 102.2. À 43 ans, Tom Brady a été le deuxième meilleur quart-arrière de la ligue, après Aaron Rodgers le MVP de la saison 2020. Les Buccaneers ont donné un accès complet à Alex Guerrero, il peut traiter les joueurs de l’équipe. De plus, une succursale TB12 a été construite près du Raymond James Stadium.


Bill Belichick a remporté sa guerre personnelle contre Tom Brady, mais a-t-il réussi son pari? Les Buccaneers sont, à juste titre, les favoris pour remporter le Super Bowl dans la NFC la saison prochaine et les Patriots, quant à eux, n’ont toujours pas de plan de relève à la position de quart-arrière. Évidemment, la situation pourrait changer d'ici à la semaine prochaine avec le repêchage. Pour le moment, toutefois, Cam Newton est le quart-arrière partant des Patriots et ce scénario n’est pas garant d’une véritable stabilité à cette position (la plus importante du sport professionnel), encore moins de succès. Quand Belichick a vu Brady soulevé le Lombardi pour une septième fois en février dernier, sans lui, n’a-t-il pas éprouvé une once de regret en son for intérieur? Robert Kraft, qui était présent sous les lieux, a exigé du réseau CBS qu’aucune prise de vue de lui ne soit diffusée durant le Super Bowl. On peut en déduire qu’il craignait que des centaines de millions de spectateurs soient témoins de l’expression de son visage si Brady sortait vainqueur de ce match ultime.


Comme disait le père de Tom Brady lors d'une entrevue accordée un peu avant le Super Bowl, personne ne voudrait être dans les souliers de Bill Belichick en ce moment. Il a forcé le propriétaire des Patriots à se départir du plus grand joueur de football de tous les temps, en plus de lui faire dépenser 162.5 M$ en argent garanti à des joueurs autonomes, il y a quelques semaines. Cette somme est légèrement inférieure au montant déboursé par Kraft (172M$) pour acquérir l’équipe en 1994. Le plan de Belichick doit offrir des résultats dès 2021 : les Patriots doivent participer aux éliminatoires, pas nécessairement remporter la division (Kraft sait que les Bills sont supérieurs), mais au moins se classer pour la ronde du Wild Card. Pas question ici de dire que Belichick serait en danger dans le cas d’un échec, mais sa relation avec la famille Kraft risque de se détériorer rapidement. Cela dit, Kraft a exprimé publiquement son insatisfaction à l’endroit du travail de Belichick au repêchage ces dernières années. Une part du blâme de l’échec de la saison 2020 lui a donc été directement attribuée. Belichick doit donner raison aux Krafts de l’avoir choisi au détriment de Tom Brady. C’est l’enjeu principal de sa saison d’entraîneur-chef/directeur-général en 2021.


Première étape : connaître un bon repêchage la semaine prochaine.



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