• Vincent Filteau

Nolan Arenado aux Cardinals : les implications de la transaction


Nolan Arenado rêve de jouer pour les Cardinals de Saint-Louis depuis que son idole de jeunesse, Scott Rolen, leur a été échangé le 29 juillet 2002. Ce rêve a été exaucé par les Rockies vendredi soir et il n’en tient qu’à lui maintenant d’officialiser cette transaction en acceptant de lever sa clause de non-échange. Il faut dire que la rumeur envoyant Arenado dans le Missouri est presque vieille comme le monde. Elle circule au moins depuis deux ans, au moment où l’état-major des Rockies a considéré échangé le joueur vedette, après lui avoir consenti un lucratif contrat de 8 saisons le 26 février 2019.


Tout porte à croire qu’Arenado et les Rockies se sont engagés dans un mariage forcé, en sachant très bien qu’ils rompraient leurs vœux dans un avenir rapproché. Il semble que les Rockies ont une sorte de «problème d’attachement» à l’égard de leurs joueurs vedettes. Ils préfèrent couper les ponts plus tôt que trop tard. Ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Au cours des dernières années, ils ont échangé Troy Tulowitzki aux Blue Jays, en plus de laisser DJ LeMahieu prendre le chemin du Bronx par la voie du marché des joueurs autonomes. La même chose pourrait arriver à Trevor Story et Charlie Blackmon au cours des prochaines semaines. À ce stade-ci, si les Rockies songent à faire le plein de prospects plutôt que de se battre pour un championnat, les garder dans leur effectif les desservirait. Dans le cas d’Arenado, leur joueur de franchise, ils pourraient le regretter amèrement, à moins que les blessures ternissent le reste de sa carrière comme ce fut le cas pour Tulowitzki. Les Rockies passeraient encore une fois pour des génies. Or, à 29 ans, Arenado entre dans la phase de sa carrière où les aptitudes athlétiques se conjuguent le mieux à la compréhension mentale de la game. De plus, Arenado est plus durable que ne l’a jamais été Tulowitzki, ennuyé par les blessures dès ses premières saisons dans les majeurs.


Avec cette transaction majeure, les Cardinals deviennent immédiatement la meilleure équipe de la section centrale de la Nationale, mais par une marge beaucoup plus infime que certains le laissent croire. Aussi talentueux soit Arenado, le fait qu’un seul joueur puisse transformer à ce point le paysage d’une division du baseball majeur est révélateur de la pauvreté de celle-ci. Nous ne sommes pas dans la NBA où la venue d’une super-vedette dans une ville peut changer complètement la donne. Les Cardinals sont en avance parce que leurs rivaux régressent (hormis les Pirates de Pittsburgh qui font le plein de prospects de la bonne manière, mais ils sont à des années-lumière de concurrencer sérieusement). Les Cubs ont entamé une sorte de reconstruction en se départant de Yu Darvish, laissant leur rotation dans un état incertain. De plus, les noms de Kris Bryant et Wilson Contreras apparaissent régulièrement dans les rumeurs de transactions. La rotation de partants des Cardinals est légèrement inférieure à celles des Cubs en termes de talent (ils n’ont rien de convaincant à part Jack Flaherty). Or, leur relève et la production offensive que promet l’arrivée d’Arenado leur donnent un avantage certain sur leurs éternels rivaux.


Si cette acquisition permet aux Cardinals d’aspirer sérieusement à une participation aux séries éliminatoires, elle ne fait que les garder dans la course au 5e rang de la meilleure équipe dans la Nationale. Leur potentiel offensif est comparable à celui des Phillies et le manque de profondeur dans la rotation des partants demeure la lacune la plus importante des Cards. Si personne ne passerait sur la chance d’obtenir Nolan Arenado sans sacrifier un seul joueur top 5 de sa banque d’espoir, à ce stade-ci du processus de retour à, cette transaction est un luxe. Les Cardinals doivent ajouter deux partants de qualité à leur rotation, malgré le retour d’un Adam Wainwright de 39 ans (le lanceur partant le plus âgé des majeurs). Leurs deux meilleurs espoirs au monticule –Matthew Liberatore et Zack Thompson – ne feront pas leur entrée dans les majeurs avant 2022, au plus tôt. Cela dit, les Cards disposent d’un peu plus de 40 M$ sur leur masse salariale avant d’atteindre la limite de la taxe de luxe. Ce n’est toutefois pas une raison valable de précipiter les choses en accordant un contrat à Trevor Bauer, qu’ils regretteraient dans trois ans. Qu’ils laissent les Mets commettre cette bêtise.


Le risque au baseball, quand d’autres organisations ont connu une saison morte endiablée, comme ce fut le cas pour les Padres et les Mets, c’est de mettre tous ses œufs dans le même panier pour les rattraper. Les Cardinals ne sont pas dans une situation aussi enviable que ces deux équipes. Ils doivent épouser le rythme du processus de «rénovation» qui leur est propre. Obtenir Arenado fait rêver tout le monde à Saint-Louis. Il s’agit d’une réaction naturelle. Toutefois, le bureau des opérations baseball doit demeurer lucide et faire preuve de prudence : le contrat d’Arenado lui permet de s’affranchir des Cards en 2021 et en 2022, s’il désire tester le marché des agents libres pour la première fois de sa carrière.


Les Cardinals convoitent Arenado depuis au moins deux ans. Or, la même chose peut être dite des Yankees, qui n’hésiteraient pas à sortir le chéquier, comme ils l’ont fait avec Gerrit Cole, si jamais le meilleur troisième but des majeurs se retrouvait à leur portée.


La controverse avec les Rockies nous a appris que l’objectif d’Arenado est clair : remporter une Série mondiale avant que ses meilleures années ne soient derrière lui. Si les Cardinals ne peuvent lui offrir sérieusement cette possibilité d’ici deux ans, il sortira de son contrat. Voilà pourquoi sa venue à Saint-Louis implique d’autres décisions ultérieures toutes aussi importantes.


Pour le moment, les Cards ont la possibilité d’aller au bal avec Arenado, ils sont encore loin des fiançailles.

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