• Vincent Filteau

Nuits blanches à Seattle : Russell Wilson aux Cowboys?


Dans quel monde un quart-arrière super-vedette prétend souhaiter poursuivre sa carrière avec son équipe actuelle, alors que son agent prend le temps d’informer Adam Schefter des destinations où aimerait se retrouver son client advenant une transaction? Apparemment, il s’agit du nôtre, puisque c’est exactement ce qu’a fait Mark Roger, l’agent de Russell Wilson hier. Après avoir démenti les rumeurs selon lesquelles Wilson souhaite quitter les Seahawks, Rodger a tout de même tenu à faire savoir que son client ne refuserait pas une transaction l’envoyant avec les équipes suivantes : les Cowboys de Dallas, les Raiders de Las Vegas, les Bears de Chicago ou les Saints de la Nouvelle-Orléans.

Si on tient compte de la depth chart des Cowboys, Dallas représente assurément la meilleure destination pour remporter un Super Bowl dans un avenir rapproché. Le mécontentement de Wilson repose principalement sur la qualité de la protection que lui offre la ligne offensive des Seahawks. Toutefois, Wilson ne se retrouverait pas dans un environnement où se trouve une jeune ligne offensive talenteuse comme celle des Colts et des Saints. Bien que la ligne offensive des Cowboys soit encore considérée comme l’une des meilleures de la NFL, elle ne rajeunit pas. La moyenne d’âge des 5 joueurs de lignes partants est de 28 ans et les deux meilleurs éléments (Tyron Smith et Zack Martin) ont tous les deux 30 ans.


Une régression dans le jeu de Tyron Smith s’est observée depuis 2019, particulièrement dans la protection pour la course. Après avoir joué uniquement deux matchs en 2020, Smith a raté le reste de la saison à partir de la cinquième semaine d’activité pour subir une opération importante au cou. Dans quel état reviendra-t-il en 2021? Il s’agit d’un pensez-y bien pour Russell Wilson s’il souhaite s’établir à Dallas pour plusieurs années. Les Cowboys n’ont jamais eu de difficulté à rebâtir leur ligne offensive, mais les joueurs du calibre de Tyron Smith et Zack Martin ne courent pas les rues.


Le noyau de receveurs des Cowboys représente assurément l’attrait principal pour Wilson. Amari Cooper et CeeDee Lamb sont encore sous contrat pour plusieurs saisons. Avec Wilson, ils pourraient former le meilleur duo de la NFL dès la saison prochaine. Il faut toutefois admettre que les Seahawks ne sont pas démunis à ce chapitre, que les doléances de Wilson ne viennent certainement pas de la qualité des cibles à sa disposition. Autrement, on parlerait de lui comme d’un homme s’apitoyant vainement sur son sort. On pourrait même dire que les critiques adressées par Russell Wilson à l’endroit de sa ligne offensive sont quelque peu injustes. Si on compare les notes PFF des lignes offensives (protection du jeu aérien) des Seahawks (64.4|20e rang) et des Cowboys (59.1|26e rang) en 2020, on réalise que Wilson a bénéficié d’une meilleure protection qu’Andy Dalton cette saison.


Si le but de Wilson est de remporter un autre Super Bowl prochainement, quitter les Seahawks ne représente pas nécessairement la meilleure option, à moins que ses intentions soient motivées par autre chose. La ligne offensive semble plutôt être un prétexte pour se sortir de là. Quand Wilson avait soumis les Seahawks à un ultimatum pour renégocier son contrat en 2019, bien des rumeurs parlaient de son désir de se retrouver dans un grand marché comme New York, Los Angeles ou Dallas. Pas question ici d’entretenir des potins, mais il semblerait que la compagne de Wilson, la chanteuse pop Ciara, souhaite déménager dans une ville glamour, loin de la vie côtière du nord-ouest américain.


Quelques jours après le Super Bowl, nous apprenions également que Russell Wilson était contrarié par le refus de l’impliquer dans le processus des décisions prises par le département des opérations football. Pourquoi alors désigner Dallas comme l’une de ses destinations électives, dans le royaume de Jerry Jones, le propriétaire-GM reconnu pour être le control-freak le plus coriace de la NFL. Si Wilson croit qu’il obtiendra davantage de pouvoir décisionnel avec les Cowboys, il se met un doigt dans l’œil. Le seul rôle qu’il obtiendra, c’est celui du poster boy du Jerry Jones Show. On sait que Wilson est un partisan passionné des Yankees de New York et c’est probablement l’idée de se retrouver avec leur équivalent dans la NFL qui le séduit. Comment expliquer autrement son intérêt pour les Cowboys?


Cela dit, le scénario d’une transaction envoyant Russell Wilson à Dallas est-il crédible? – et comment peut-il se concrétiser? Tout d’abord, il faut que Dak Prescott soit impliqué. Pour ce faire, Dak doit accepter de recevoir l’étiquette de franchise pour la saison 2021. De plus, les Seahawks souhaiteront fort probablement obtenir la garantie que Prescott s’entendra avec eux à long terme. Le 10e choix total des Cowboys risque également d’être exigé en retour, en plus d’un choix de deuxième ronde cette année et en 2022. Il ne serait pas surprenant de voir le receveur Michael Gallup prendre la route de Seattle dans l’échange.


Les chances de voir cette transaction se produire sont plutôt minces, surtout si on tient compte que Dak Prescott doit accepter de servir de monnaie d’échange. Jerry Jones est à la croisée des chemins à la position de quart-arrière. Il doit décider s’il souhaite investir 35 à 40 M$ annuellement en Prescott pour les 5 prochaines saisons au minimum, peut-être davantage si les demandes de ce dernier excèdent cet échéancier. La semaine dernière, Ian Rapoport révélait que les négociations entre la famille Jones et l’agent de Prescott (Todd France) avaient recommencées. Les Cowboys disposent d’une brève période – du 9 au 16 mars –pour s’entendre avec Prescott à long terme. Ils peuvent toujours lui apposer l’étiquette de franchise pour une dernière fois. Cela signerait toutefois l’arrêt de mort entre le clan Prescott et les Cowboys. Une telle action les obligerait à échanger Prescott avant l’amorce de la prochaine saison, puisqu’il sera libre comme l’air en 2022.

Pour les Cowboys, évidemment, une transaction Prescott-Wilson est le scénario rêvé. D’une manière ou l’autre, ils devront débourser entre 35M$ et 37.7M$ (montant associé à l’étiquette de franchise) pour leur quart-arrière en 2021. Autant mieux le faire en s’améliorant à la position. C’est d’ailleurs le thème de cette saison morte : tout mettre en œuvre pour obtenir un quart-arrière capable de se mesurer à Patrick Mahomes - et personne ne peut relever ce défi mieux que Russell Wilson.


Si les Cowboys parviennent à réaliser ce tour de force, il s'agirait du coup de circuit que Jerry Jones attend depuis un quart de siècle, mais ce n'est pas une raison de s'emballer outre-mesure : les astres doivent s'aligner parfaitement pour que l'étoile de Dallas brille à nouveau.