• Vincent Filteau

Qui peut battre les Chiefs?

Les Chiefs de Kansas City sont les champions en titre du Super Bowl et, à l'approche des éliminatoires, tout porte à croire qu’ils sont encore plus à craindre qu'en 2020.


Alors que la NFC s’est considérablement affaiblie défensivement, avec la décimation du front défensif des 49ers par les blessures, il est difficile de ne pas imaginer les Chiefs remporter un deuxième championnat d’affilée, s’ils parviennent à traverser l’épreuve que représente les Steelers de Pittsburgh, en éliminatoires. Aussi dominant soit Russel Wilson, la défensive des Seahawks se positionne au 26e rang de la NFL (l’un des pires pass-rush de la ligue) et se retrouverait complètement démunie dans une partie ultime, face à la brigade de Patrick Mahomes, leur attaque chorégraphique et le génie d’Andy Reid. Pour dire les choses clairement : il n’existe pas d’autre menace réelle pour les Chiefs dans la conférence américaine, hormis peut-être les Titans du Tennessee et Derrick Henry qui peut malmener la Run Defense souvent inefficace de Kansas City. Encore faut-il trouver le moyen de conserver une avance pendant 60 minutes contre une attaque qui prend de plus en plus sa place au panthéon des plus grandes brigades offensives de l’histoire de la NFL.


À l’orée de la 13e semaine d’activité, les Chiefs ont presque déjà ravi le titre de leur division pour une 5e saison consécutive. Ils sont sortis vainqueurs d’un affrontement important face à l’une des défensives pressenties pour leur donner du fil à retordre, celle des Buccaneers de Tampa Bay. Plusieurs espéraient toutefois à une fusillade entre Tom Brady et Patrick Mahomes, semblable à celle contre les Rams en 2018, pour finalement être témoins du déclin de moins en moins réfutable du GOAT. En observant la depth chart des Buccaneers en défensive, suite à leur victoire écrasante face à Aaron Rodgers à la semaine 4, nous étions en droit de s’attendre à ce que les Buccs offrent une Blue Print supplémentaire pour percer l’«énigme Patrick Mahomes» qui pèse encore de tout son poids sur les esprits défensifs de la NFL.


Les Chiefs d’Andy Reid, à l’instar des autres grandes dynasties de la NFL, ont tout simplement changé les règles du jeu. Si Bill Walsh nous avaient déjà convaincus du caractère désormais archaïque du jeu au sol prédominant, Andy Reid et Eric Bieniemy, en véritables héritiers de la West Coast Offense, ont élevé la dimension aérienne à un niveau d’abstraction encore plus élevé : les passes courtes sont plus meurtrières, le développement des tracés prend, plus souvent qu'autrement, l'apparence de chorégraphies des Grand Ballets Russes. Nous sommes devant une complexité conceptuelle qui ne peut que susciter la fascination (et l'admiration) des férus d'histoire de la NFL et de l'évolution de ses systèmes offensifs à travers les époques. Que ce soit par des tracés en crochets, un repli, une slant croisée ou une simple déviation, un homme disponible se rend disponible pour capter la passe. Cela dit, il n’existe pas de systèmes parfaits. Certains coachs, notamment Bill Belichick, Kyle Shanahan et John Gruden semblent avoir trouvé le moyen de freiner le tempo offensif des Chiefs, de garder leur unité offensive hors du terrain le plus longtemps possible. Toutefois, cela ne suffit pas. Le défi est beaucoup plus musclé : appliquer de la pression en «homme-à-homme» pendant 60 minutes (ce qui épuise les défensives, comme nous l'avons vu au Super Bowl LIV) et empêcher Mahomes de conclure la partie avec le ballon entre ses mains.


Pourquoi les Patriots y sont-ils parvenus, tout en contenant le quart-arrière des Chiefs dans la pochette, de manière soutenue, durant ces rencontres? Tout d’abord, parce que la pression exercée sur la ligne offensive – et Mahomes en l’occurrence – fut schématisée, particulièrement chez les Patriots qui ont dû pallier à l’absence d’un véritable pass rusher en modifiant notamment le rôle des linebackers intérieurs en 2018 et 2019. Belichick, contrairement à bien des entraîneurs-chefs, n’éprouve aucun malaise à l’idée de laisser le mode de protection adverse dicter sa riposte. Contrairement aux Rams et aux Steelers, Belichick ne peut compter sur un Aaron Donald ou un TJ Watt pour imposer le type de protection adoptée par les Chiefs à la ligne de mêlée. Dans ce cas, la réponse se doit d’être d’ordre schématique – ce qui représente le point faible de bien des coordonnateurs défensifs de la NFL, qui semblent à court de solutions pour, au moins, ralentir l’avancée des Chiefs sur le terrain et réduire leur temps de possession.


À ce titre, il est inconcevable que Todd Bowles ait pu penser qu’une couverture simple suffirait à contenir le receveur le plus menaçant de la NFL. Donner autant de pouvoir aux Chiefs par la passe revenait à transformer le cadran en adversaire pour Tom Brady et les siens, et cela dès la première demie. Tout au long du match contre les Buccaneers, Tyreek Hill s’est payé la tête de leur cornerback Carlton Davis, sans qu’un seul ajustement significatif soit fait pour freiner l’hémorragie. Pendant ce temps, les secondes s’écoulaient beaucoup trop rapidement, forçant ainsi les Buccs à disputer du football de rattrapage jusqu’à la toute fin du match. Comment se surprendre ensuite des pitreries de Tyreek Hill sur les lignes de côté, imitant Shannon Sharpe appelant une ambulance pour secourir les Patriots en 1996?


Le plan de match défensif rudimentaire des Buccaneers face aux Chiefs, la semaine dernière, est révélateur du sentiment d’impuissance presque généralisé des instructeurs de la NFL face à l’attaque surchargée de Patrick Mahomes. Du côté des Buccs, on en conviendra, le manque de préparation est une marque de commerce, mais pour le reste de la ligue, la plupart des coordonnateurs ont admis, par exemple, que stopper les Chiefs en couverture de zone relève presque de l’impossible. Du côté d’Andy Reid et d’Eric Bieniemy, tout est orchestré de sorte à ce que les défensives adverses concèdent la couverture de zone, à coups de trois ou cinq verges, parfois un peu plus. Il reste le «homme-à-homme», un mode de protection insoutenable pendant 60 minutes, les schèmes de pression hybrides de Bill Belichick, ou le front défensif des 49ers de 2019.


En revanche, face aux Chiefs, il est impératif de trouver le moyen de lutter efficacement contre le facteur fatigue. Ce plan peut fonctionner quand le cadran se met de la partie pour exercer une autre forme de pression sur l’attaque des Chiefs : le temps jouant contre eux. Comme il est impossible d’arrêter Patrick Mahomes à chaque séquence sur le terrain, il faut réduire ce nombre de séquences. Pour les Steelers de Pittsburgh, la seule menace d’envergure des Chiefs dans l’AFC, c’est précisément leur faiblesse au sol qui les empêchera possiblement d’égrener de précieuses minutes pour Mahomes. Vaincre les Chiefs exige la contribution entière d’un écosystème de la NFL –ou la capacité de participer à une fusillade aérienne sans relâche avec eux : «vous marquez un touché, nous répliquons par le bras de notre quart-arrière, jusqu’à ce que mort s’en suive». À ce chapitre, seul Russell Wilson peut se mesurer à Patrick Mahomes, et cet affrontement se tiendra au Super Bowl, pas avant.


Si jusqu’à tout récemment, les astres semblaient s’aligner en faveur des Patriots pour se retrouver au Super Bowl à chaque saison, il semble que ce soit plutôt le cas des Chiefs désormais. Dans leur conférence, ils ont pratiquement le champ libre. Du côté de la NFC, avec la blessure de Drew Brees, les Saints, eux qui représente la seule puissance équilibrée de cette conférence, sont frappés d’incertitude quant à leur capacité réelle de se retrouver au Super Bowl au mois de février prochain. Quiconque prend le temps de chercher une équipe plus menaçante que les Chiefs, dans l’ensemble de la NFL, est condamné à se gratter la tête longtemps. Les Chiefs peuvent ainsi faire penser aux Colts des années 2000. Or, cette fois, les Pats ne pourront mettre en échec la nouvelle machine de guerre offensive de l’AFC. En termes de potentiel dynastique, les Chiefs sont fin seuls dans leur conférence –et probablement pour longtemps. Il faut se faire à l'idée, ou trouver le moyen de les battre.

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