• Kevin Dover-Green

Rams de Los Angeles : une approche agressive, mais à quel prix?

Samedi dernier, tard en soirée, une véritable bombe secoue l’univers de la NFL : Matthew Stafford est échangé aux Rams de Los Angeles. À première vue, pourtant, rien de réellement choquant – les jours du quart-arrière à Detroit étaient comptés et les Lions avaient publiquement exprimé leur intention d’échanger le quart vétéran. Certes, le tout s’est concrétisé beaucoup plus rapidement que plusieurs l’auraient imaginé, mais ce qui choque, c’est surtout de constater le prix exorbitant payé par les Rams pour acquérir, ni plus ni moins, un joueur de 32 ans qui a plus souvent qu’à son tour été hypothéqué par les blessures. En effet, les Lions mettent la main sur un quart de 26 ans en Jared Goff, un choix de 3e tour en 2021… et deux choix de 1er tour en 2022 & 2023.


Il ne servirait à rien d’écrire deux ou trois paragraphes pour tenter de faire la lumière sur les motifs des Rams de Los Angeles sur ce coup. Vrai, on pourrait décortiquer la transaction en long et en large et on pourrait, parallèlement, analyser les dessous de cette dernière et éclaircir les implications d’un côté comme de l’autre. Cependant, l’évidence est claire et il n’y a qu’une seule déduction valable : les Rams ont payé cher – très cher. Il n’y a rien à défendre ici. Plutôt, revenons en arrière de quelques années pour constater que l’état-major des Rams n’en est décidément pas à sa première bévue de la sorte. On remarque étonnement le même pattern, encore et encore.


2016

Les Titans du Tennessee possèdent le 1er choix au total de l’encan. Les Rams, eux, sont situés en milieu de peloton au 15e rang. Puis, dans une transaction d’envergure, les Rams créent une onde de choc : ils envoient aux Titans le 15e choix au total, deux choix de 2e tour (2016), un choix de 3e tour (2016), un autre choix de 1er tour (2017) et finalement, un autre choix de 3e tour (2017). En résumé, c’est 6 choix de qualité que les Rams concèdent pour s’emparer de l’opportunité de repêcher Jared Goff, celui qu’ils croyaient alors être leur quart-arrière du futur. Cette transaction a permis aux Titans de repêcher, entre autres, le demi-offensif Derrick Henry en 2016 et le receveur Corey Davis en 2017.


2018

Les Rams procèdent à une autre transaction impliquant un choix de première ronde lorsqu’ils acquièrent le receveur Brandin Cooks des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Cela étant, Cooks sera échangé à un prix moindre deux ans plus tard, aux Texans de Houston (choix de 2e tour).


2019

Los Angeles se départit encore de son choix de 1er tour, lors du repêchage, cette fois en retour des choix de 2e et 3e tours des Falcons d’Atlanta. Puis, en début de saison, les Rams obtiennent les services du demi de coin étoile Jalen Ramsey en provenance de Jacksonville. Mais le prix est, néanmoins, excessivement coûteux : des choix de première ronde en 2020 et 2021, en plus d’un choix de 4e tour en 2021. Le choix de 2020 s’est éventuellement matérialisé en la sélection du secondeur K'Lavon Chaisson des Jaguars, au 20e échelon du dernier repêchage. Le choix de cette année sera, tant qu’à lui, le 25e au total.


Avec la transaction pour Matthew Stafford, on constate que c’est la même chanson qui se répète pour Los Angeles. On aurait cru que les hauts dirigeants des Rams auraient souhaité, dans une certaine optique, adopter une approche un peu plus prudente dans leur façon de procéder et ainsi briser ce cercle vicieux duquel ils sont eux-mêmes les acteurs principaux d’une tendance peu souhaitable pour le bien-être d’une franchise de la NFL : celle d’échanger, coup sur coup, des sélections de première ronde. Au football, la valeur de ces choix est sans égal. Au hockey et au baseball, les espoirs obtenus au repêchage vont nécessiter, dans la plupart des cas, quelques années de développement afin d’être suffisamment matures pour la grande ligue. Dans la NFL, un grand nombre de joueurs sortants des rangs collégiaux vont fouler un terrain de la NFL dès leur premier camp d’entraînement. L’impact de ces recrues est crucial aux équipes, non seulement à long terme mais également à court et moyen terme. Et, à moins d’en acquérir d’ici les prochains mois, les Rams de Los Angeles sont en voie de réaliser un exploit peu souhaitable : 7 années consécutives sans choix de 1er tour (les Lions possèdent désormais leurs sélections de 2022 et 2023).


Essentiellement, en l’espace de 5 ans, les Rams ont échangé deux choix de première ronde afin de repêcher Jared Goff, pour finalement échanger deux choix de première ronde afin de s’en départir. Et pour rajouter un soupçon de drama à cette situation déjà peu enviable, les Rams ont entre-temps consenti, en 2019, une prolongation de contrat de $134M (dont $110M en argent garanti) à Goff, ce qui leur coûtera plus de $22M en pénalité sur la masse salariale la saison prochaine – la plus haute pénalité en dead money jamais enregistrée pour une équipe de la NFL. Ces circonstances sont sans nous rappeler celles du départ de Todd Gurley. Les Rams l’avaient libéré, au terme de la dernière saison, quelques mois seulement après lui avoir accordé une prolongation de contrat de 4 ans et $60M. Cette décision leur avait coûté un peu plus de $20M en pénalité monétaire. Hélas ! les Rams sont bel et bien les pros des mauvais contrats et des mauvaises décisions.


Toujours est-il, on peut traiter cette transaction d’un esprit analytique et force est d’admettre que les Rams de Los Angeles sont aujourd’hui une meilleure équipe avec Matthew Stafford au poste de quart-arrière qu’avec Jared Goff – il ne faut pas leur enlever. Le bémol, néanmoins, sera de savoir si les blessures l'épargneront. Si tel est le cas, Stafford aura les munitions offensives nécessaires à sa disposition pour se révéler comme l’un des meilleurs quart-arrières de la NFL la saison prochaine. Soyons toutefois réalistes : les Rams se doivent au mieux d’accéder au Super Bowl d’ici deux ans après un investissement d’une telle ampleur et nécessairement, ils devront ramener un championnat à Los Angeles de manière à justifier la totale payée pour acquérir Stafford.


Entre-temps, les chances des Rams de remporter un championnat se rétréciront graduellement avec un noyau de joueurs comme Aaron Donald qui ne rajeunit pas. Le bulletin météo prévoit déjà des jours sombres dans un avenir plus ou moins rapproché à Los Angeles. À défaut de n’avoir aucun choix de 1er tour en 7 ans, le ciel pourrait se faire gris pendant longtemps.

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